Des coups de coeur... des mots, des textes...ou des révélations poétiquement surprenantes...Appréciez et exprimez-vous.  Un gamin - Thibaud Langlet | C'était un gamin, les genoux dans la boue, et les mains plaquées sur le ventre que deux balles venaient d'atteindre. Tout autours de lui des hommes, de tout âge, courraient armes en mains, sous le vacarme des cris et des tirs. A quelques pas un enfant de son âge, sanglotant, le visage couvert de sang, succombait dans de dernières plaintes, et déjà des soldats piétinaient son jeune corps en se lançant à l'assaut de l'ennemi.
Laokolé avait huit ans quand il perdit ses parents. Des hommes étaient arrivés au village en début d'après midi, armés jusqu'aux dents. Lui était dans la case avec le père et la mère, qui finissaient le vin de palme, quand les premiers tirs trouèrent le silence. En quelques instants tous les villageois sortirent alertés par le bruit. Le massacre commença alors. Des femmes et des hommes courraient, criaient et tombaient sous les coups de feu, tandis que des soldats pillaient les cases avant de les incendier. Un homme pris par les flammes sortit en hurlant avant que l'on ne l'abatte lâchement. Un guerrier rassemblait le bétail dans un camion, pendant que des femmes se faisaient violer avant de succomber aux violences qui venaient de leur être affligé. Le petit était resté à l'intérieur avec sa mère quand le père, qui s'était traîné jusqu'à eux à la force des bras, leur cria de fuir, dans un dernier souffle. Deux hommes rentrèrent alors. Le premier, qui tenait une machette ensanglantée, sépara violemment l'enfant de sa mère, laissant le deuxième achever sans aucune pitié la pauvre femme, sous les yeux de son fils. L'homme à la machette poussa l'enfant en dehors, et jeta une torche sur la paille qui recouvrait l'habitation. Au loin on entendait déjà les pots d'échappement des camions qui s'en allaient, laissant tous ces morts derrière eux. Le petit tomba au sol, sanglotant, seul rescapé du massacre dont il venait d'être témoin. Le soleil s'était éteint quand une moto se fit entendre. Le véhicule s'arrêta devant Laokolé, et deux adolescents descendirent. Le plus vieux s'approcha de l'enfant, et lui fit lever la tête avec le calibre de son fusil. Il l'observa quelques instants. « Il est plutôt grand pour son âge, amenons le à Djimon » déclara-t-il sèchement. Sa voix fit frémir le petit. Qui était donc ce Djimon ? Un agriculteur, le chef d'un village ? En réalité Djimon était le commandant d'un groupe de rebelles, des nomades qui enrôlaient de force de pauvres orphelins, pour en faire de véritables armes à tuer. Lorsque, tard dans la nuit, Laokolé arriva au camp, on le jeta dans un hangar, entassé avec d'autres enfants. Des heures passèrent, interminables, enfermé sans la moindre clarté, suffoquant dans l'atmosphère lourde et viciée où aucun souffle d'air ne pouvait pénétrer. Et ils restèrent ainsi tassés les uns contre les autres, jusqu'au matin où on les fit passer un à un devant un homme, qui leur plaça une kalachnikov entre les mains. Trois mois durant on les entraîna donc au combat, comme l'on dresse des chiens à l'attaque. On leur enseigna la haine, quand les autres enfants allaient à l'école. Laokolé gisait sur le sol. Sa vie allait s'arrêter, au milieu de tous ces soldats... au milieu de ces enfants ivres d'alcools et de drogues, qui tuent, pillent avec rage sans même savoir pourquoi. Tous ces gamins condamnés à la mort dès le plus jeune âge. Le petit lâcha son arme sur le sol, et se blottit sur lui-même, comme s'il cherchait un dernier instant de réconfort. Autour de lui les cris et les tirs se faisaient de plus en plus sourds. Alors qu'il continuait à sangloter, ne comprenant pas se qui se passait, ses yeux se fermèrent peu à peu, et une dernière larme coula le long de sa joue avant de mourir au sol. Pour lui tout était fini. C'était un gamin.
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