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(appel aux textes)

Pablo Neruda


J'ai cherché une goutte d'eau
De miel, de sang : tout
En pierre s'est transmué
En pierre dure,
Larme ou pluie, l'eau
Circule toujours dans la pierre
Sang ou miel ont pris le chemin de l'agate
Le fleuve déchiquette
Sa lumière liquide
Le vin tombe dans la coupe
...Le temps coule...
On verra briller le soleil de pierre
Sur toutes les pierres.

René Daumal


L'abandon

Le soleil mou décevait les adieux,
les bateaux partaient comme des mouches,
les oiseaux se plissaient comme des bouches
et tombaient raides morts des cieux.


Quand je fus seul sous le ciel jaune
dont mes yeux secs arrachaient des lambeaux,
je retournai mes poches
dans l'espoir d'y trouver un compagnon d'exil.


Il n'y avait rien,
rien que la poussière des routes,
rien que les routes de misère,
rien que des reines mortes clouées à des poutres.


Des déserts oscillaient sous mes pas ;
ô mon dieu, vous m'avez volé la verticale,
et mes bras tournent fous
dans les cercles blancs de votre œil !


J'étais fou, j'étais fou, vous-dis-je,
des draps blancs m'assaillent,
écume amère sur mes lèvres ;
je guérirai tout blanc, je guérirai stupide ;


mais les bateaux ont perdu leurs couleurs,
ils ne reviendront plus ;
j'émiette mes doigts sur les pelouses fanées,
pour attirer les oiseaux morts.

Émile Verhaeren


LES HEURES CLAIRES extrait


Ce chapiteau barbare, où des monstres se tordent,

Soudés entre eux, à coups de griffes et de dents

,En un tumulte fou de sang, de cris ardents

,De blessures et de gueules qui s'entre-mordent,

C'était moi-même, avant que tu fusses la mienne,

Ô toi la neuve, ô toi l'ancienne !

Qui vins à moi des loins d'éternité,

Avec, entre tes mains, l'ardeur et la bonté.

Je sens en toi les mêmes choses très profondes

Qu'en moi-même dormir

Et notre soif de souvenir

Boire l'écho, où nos passés se correspondent.

Nos yeux ont dû pleurer aux mêmes heures,

Sans le savoir, pendant l'enfance :

Avoir mêmes effrois, mêmes bonheurs,

Mêmes éclairs de confiance :

Car je te suis lié par l'inconnu

Qui me fixait, jadis au fond des avenues

Par où passait ma vie aventurière,

Et, certes, si j'avais regardé mieux,

J'aurais pu voir s'ouvrir tes yeux

Depuis longtemps en ses paupières. 


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